L’opinion politique change-t-elle avec l’âge ?

Pierre Turcotte explique que lui aussi est moins à gauche que dans sa jeunesse. (Photo : Élections Québec)
Si vous votiez à gauche étant jeune, il y a de grandes chances que vous soyez aujourd’hui plus à droite. Cela s’explique par un centre politique en mouvement et un changement de statut dans la société.
« Celui qui n’est pas communiste à vingt ans n’a pas de cœur ; celui qui l’est encore à 40 ans n’a pas de tête », écrivait George Bernard Shaw, prix Nobel de littérature en 1925. En effet, plus on vieillit, plus on a tendance à voter à droite, et cela s’explique par plusieurs facteurs.
Déjà, le centre politique bouge constamment. En ce moment, il va de plus en plus à droite à l’échelle mondiale, et entraîne ainsi les partis politiques à le suivre dans sa trajectoire. « Ce sont des aléas avec le temps. Le centre se décale à droite, il y a une guerre, et on repart à gauche, on l’a observé dans l’histoire », explique Pierre Turcotte, enseignant en science politique.
Le politologue explique aussi que lorsqu’on est jeune, on a peu de ressources, ce qui amène à vouloir partager avec ceux qui ont plus. « Les jeunes sont plus liberté qu’autorité », poursuit-il. Avec le temps, il y a un changement de paradigme, on a plus d’argent, de ressources, et moins le goût de les partager. « L’autorité vient aussi quand on a des enfants », assure-t-il. Il souligne cependant qu’être plus à droite ne signifie pas forcément ne plus être de gauche.
Des tendances qui changent
Selon Pierre Turcotte, plus on vieillit, moins on aime le changement car on crée des habitudes. Les gens plus âgés aujourd’hui ont créé une société à leur image dans leur jeunesse, et veulent maintenant en profiter sans être dérangés. « Mais les nouvelles générations veulent aussi une société à leur image », exprime-t-il.
L’Homme n’aime pas le changement imposé. Cependant, la crise climatique nécessite d’avoir une action immédiate. Alors que la gauche demande un changement plus radical, la droite est plus modérée et prévoit un changement plus lent. C’est ce qu’on appelle le carbofascisme. « C’est pour ça que les discours de droite ont plus de succès auprès de la population », conclut Pierre Turcotte.

Nathalie Mercier assure qu’elle vote à toutes les élections mais ne participe pas activement à la vie politique. (Photo : Élections Québec)
Une remise en question politique
Nathalie Mercier votait à l’extrême gauche étant jeune. Elle se décrivait comme plus revendicatrice, plus en rébellion. Aujourd’hui, elle dit voter plus modérément à gauche : « Je pense que plus jeune on est bercé d’idéologies, en vieillissant elles sont toujours présentes, il y a des fondations. Cependant on relativise, on réfléchit différemment », explique-t-elle.
Nathalie Mercier affirme que plus jeune, elle avait moins de revenus, que les inégalités sociales et les injustices la touchaient plus. Maintenant, avec un salaire confortable, elle confie être moins impliquée dans les questions politiques. « En devenant parent, responsable d’autres êtres, je pense avoir mis mes priorités et mon énergie dans d’autres directions », ajoute-t-elle.
Si elle vote plus modérément que dans sa jeunesse, c’est aussi pour des raisons plus stratégiques : « La gauche a plus de chance de passer que l’extrême gauche ».






