Les immigrants récents sont plus à risque au travail

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L’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) fonctionne grâce aux financements de la CNESST. (Crédit : Étienne Meunier) 

Étienne Meunier   

Ce contenu est produit par les étudiants en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière.  

Les nouveaux arrivants sont les travailleurs les plus susceptibles d’être victimes d’accidents au travail, d’après une étude de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST). Les recherches révèlent aussi que le rétablissement à la suite de blessures est de plus longue durée chez les immigrants.  

« Les travailleurs les plus vulnérables, ce sont les nouveaux arrivants, ceux qui sont ici depuis 0 à 5 ans », mentionne le chercheur pour l’IRSST, Daniel Côté. Les données, révélées le 26 septembre, montrent que les immigrants arrivés au Québec depuis moins de cinq ans ont un taux d’accidents plus élevé de plus du tiers que les non-immigrants. Le résultat est le même quand les immigrants récents sont comparés à ceux établis depuis 10 ans. Plus ils résident longtemps au Québec, plus les risques diminuent, explique M. Côté.  

Le tableau présente le taux de fréquence d’accidents déclarés et acceptés par la CNESST et la distribution en pourcentage des travailleurs ETC (équivalent temps complet) par catégories d’immigrants au Québec en 2016. (Graphique tiré de l’article de PISTES)

 La compréhension du français et les différences culturelles sont les principales causes des risques accrus pour les travailleurs immigrants, d’après le cofondateur et consultant principal de l’entreprise Mosaïca, Mahdi Gueblaoui.  

Mahdi Gueblaoui affirme avoir lui-même vu des travailleurs se mettre en danger quand il était dans son pays d’origine, la Tunisie. (Photo : Facebook – Mahdi Gueblaoui)

Mosaïca est une entreprise basée à Saguenay qui offre de l’expertise en matière d’intégration des nouveaux arrivants.  

Selon M. Gueblaoui, la différence entre « la parlure québécoise » et le français international accentue l’incompréhension des normes de sécurité. « Le problème c’est que le travailleur ne comprend pas bien [les instructions] et de peur de passer pour un imbécile ou une personne avec un niveau bas de français, il va tout de suite dire “j’ai compris”, explique M. Gueblaoui. Au mieux, il va demander à un de ses collègues les consignes. Au pire, il va essayer de travailler à sa façon. » 

Les disparités entre les normes de santé et sécurité au Québec et celles du pays d’origine du nouvel arrivant sont immenses dans la majorité des cas, d’après le Cofondateur de Mosaïca. « Dans certains pays, risquer sa vie pour sauver un engin ou une production, ça lui apporte des félicitations. […] Dans d’autres cas, un mauvais réflexe, acquis d’un travail mal fait depuis des années chez lui, va ressurgir », détaille M. Gueblaoui. 

De longues absences 

« La proportion de travailleurs immigrants qui s’absentent plus de 90 jours, ce qu’on appelle les absences de longue durée, elle est plus élevée et encore une fois plus élevée chez les immigrants récents », révèle Daniel Côté.  

Le tableau présente le taux de fréquence d’accidents déclarés et acceptés par la CNESST ayant plus de 90 jours indemnisés selon le statut d’immigrant et le nombre d’années depuis leur admission au Québec. (Graphique tiré de la recherche de l’IRSST p.45)

Les recherches ne suffisent pas pour comprendre la cause de ce temps de réadaptation prolongé, mais selon l’hypothèse de M. Côté, ce serait multifactoriel. « Est-ce que c’est lié à la gravité de la blessure ou c’est parce qu’on a attendu trop longtemps avant de déclarer l’incident et que ça s’est aggravé, questionne le chercheur. […] Sans égard à leur origine, il peut aussi y avoir un litige médico-légal, c’est-à-dire que l’employeur ou la CNESST conteste la blessure comme n’étant pas liée au travail. »  

Daniel Côté, natif du Saguenay-Lac-Saint-Jean, est chercheur en réadaptation au travail à l’IRSST. (Photo : Courtoisie)

Un travailleur qui verrait sa réclamation contestée en cour, puis refusée devrait assumer les dépenses liées à sa blessure et ne pourrait pas retourner à son emploi. 

D’après M. Côté, les complications bureaucratiques défavorisent l’immigrant « pour des raisons linguistiques ou de méconnaissances du système ». 

« Il ne faut pas oublier que l’immigration c’est quelque chose d’immense […], ça met beaucoup de pression et de stress supplémentaires sur le dos du travailleur international », rajoute M. Gueblaoui. 

Des formations qui débutent dès la sélection du travailleur dans son pays d’origine et le parrainage de ce dernier à son arrivée sont deux solutions pour réduire les risques de blessures au travail, selon Mahdi Gueblaoui.  

 

Données démographiques 

L’IRSST rajoute sur son site que « de 2012 à 2017, la proportion des accidents acceptés à la CNESST qui surviennent à des immigrants est passée de 8,9 % à 12,2 %, une augmentation plus importante que l’augmentation de leur représentativité dans la population en emploi ». L’étude se base sur les « Immigrants permanents résidant au Québec et occupant un emploi salarié lors de la semaine de référence du Recensement 2016 ». Ils étaient 502 055. Aucune donnée plus récente n’était disponible pour la recherche, le nombre d’immigrants permanents à tout de même augmenter depuis s’élevant à 1 210 600 en 2021. 

L’acceptation des visas pour les travailleurs africains peut prendre minimalement 6 mois. Selon Mahdi Gueblaoui, c’est un délai que les employeurs doivent prendre à leur avantage pour débuter les formations. (Crédit : Étienne Meunier)

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) ne demande pas le statut des travailleurs lors d’accidents. M. Côté explique que les chercheurs ont créé une banque de données à partir du recensement de 2016, de l’Enquête sur la population active (EPA) entre 2015 et 2017, les données du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration et celles du Régime de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). 

Le chercheur explique que les données sont issues des déclarations à la CNESST. Certaines blessures non déclarées sont donc négligées. 

 

 

 

 

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