Les garages automobiles ne parviennent plus à recruter de jeunes

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L’avenir du garage de Janie et Michel Bilodeau leur semble incertain. Alors que le couple partira à la retraite dans cinq ans, ils ignorent si leur établissement sera racheté. Photo : Théo Laroche

Face à des jeunes que les contraintes du métier dissuadent, les garages indépendants, déjà touchés par une pénurie de main-d’œuvre, craignent pour l’avenir du secteur.

Chez Bilodeau et fils, garage à trois portes à Arvida, cela faisait 35 ans que la période des pneus d’hiver était gérée par trois mécaniciens. Cette année, ils sont deux. Alors que la « bourrée » s’achève habituellement aux alentours du 15 novembre, l’agenda de Janie Bilodeau, agente d’accueil et conjointe du propriétaire, est noirci jusqu’au 8 décembre.

Pas le choix, Janie et Michel Bilodeau ferment boutique plus tard qu’à l’habitude. « À 21 h, voire 21 h 30 deux ou trois fois par semaine », assure la première. Et rien n’augure une amélioration. Depuis la pandémie, elle observe une baisse des candidatures au poste de mécanicien. « On met des annonces un peu partout et on a seulement deux ou trois réponses, de personnes qui n’ont pas bonne réputation », affirme-t-elle.

Le métier ne séduit plus les jeunes

Il y a plusieurs années, les très jeunes mécaniciens, souvent fils de garagistes, n’étaient pas rares. René Duchesne, propriétaire de « Mécanique Dubose » à Arvida, constate désormais une tout autre situation. Finie l’idéalisation du métier, lequel serait de moins en moins familial et ne renverrait désormais qu’à des contraintes. « Les jeunes ne veulent plus faire ce métier qui est dur et salissant. » Loin de démentir, les parents « veulent que leurs enfants aillent à l’école, qu’ils aient des diplômes pour travailler dans des secteurs qualifiés », analyse le garagiste.

Alors comment encourager la relève ? « Il faudrait aménager plus de programmes en travail-étude, et les garages devraient tous accepter de prendre des apprentis », estime René Duchesne qui en accueille deux. Il espère que le secteur pourra davantage compter sur le comité paritaire automobile régional, trop peu actif à son goût. L’organisme représente 1 820 employés et 363 employeurs au SLSJ et l’une de ses missions est de « soutenir les entreprises et les salariés dans leurs apprentissages techniques ». Le directeur de l’organisme n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Pour rappel, le diplôme d’études professionnelles de mécanicien automobile s’effectue en deux ans et peut être réalisé en alternance.

Les concessionnaires raflent la mise

Alors qu’un mécanicien est rémunéré entre 25 000 et 40 000 dollars par an dans un garage, les concessionnaires offrent parfois le double. Pour autant, Janie Bilodeau ne souhaite pas suivre. « Nous devons rester abordables pour le client qui ne peut pas se permettre le concessionnaire », pose-t-elle.

Dans cinq ans, elle et son mari partiront à la retraite. « Si notre mécanicien rachète le garage, il va se retrouver seul, je ne sais pas comment il va faire », souffle la femme de 56 ans, loin d’être sereine. Malgré tout, elle assure garder espoir en la jeunesse.

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