Au-delà des barreaux

725
0
Share:

Prison de Roberval. En 2022, les détentions de Chicoutimi et Roberval ont fusionnées en un seul centre de détention à Roberval. Crédit photo : Sécurité publique du Québec

Dans le silence glacé des murs épais de la prison de Roberval, un travail discret mais crucial se déroule chaque jour : celui de la réhabilitation des détenus. Selon les chercheurs du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), plus un détenu participe à des programmes de réinsertion durant son incarcération, moins sa probabilité de récidive est élevée.

Une approche humaine

À la prison de Roberval, François Paré, travailleur de rue de Chicoutimi, incarne une approche humaine. « Il est crucial de créer un espace où les détenus se sentent en sécurité, capables de s’exprimer sans jugement », explique-t-il, sa voix pleine de conviction. Dans cet environnement de confiance, les mots deviennent libérateurs. Les détenus, souvent tourmentés par leurs propres démons, trouvent dans son écoute attentive et bienveillante un refuge.

François Paré travailleur de rue de Chicoutimi. À deux, ils s’occupent de 240 personnes en détention. Crédit photo : Coline Lafargue

Isabelle Tremblay*, conseillère en milieu carcéral, apporte une dimension tout aussi précieuse à cet accompagnement. Elle encourage chaque détenu à bâtir un pont entre l’ombre et la lumière, entre la prison et la liberté. « Nous voulons leur offrir plus qu’une sortie : un vrai départ, un horizon », confie-t-elle.

François Paré se rend au centre de détention de Roberval au moins deux fois par semaine. Il y est accompagné d’un collègue qui prend en charge les détenus prochainement libérés à La Baie, tandis que lui se concentre sur ceux du Saguenay. Ensemble, ils ont supervisé 233 détenus au cours de l’année 2023.

Une réinsertion adaptée, pensée pour chacun

Préparer les détenus à la vie en dehors de la prison est une mission qu’ils mènent avec une attention méticuleuse. À travers des entretiens individuels, ils élaborent des « plans de sortie » adaptés aux besoins et aux défis de chacun. Ces plans incluent des démarches pour obtenir de l’aide sociale, trouver un logement, surmonter des dépendances etc.

« Nous les aidons à naviguer à travers des démarches complexes, cela peut être ouvrir un compte bancaire, ou retrouver leurs documents administratifs », explique François Paré.

« Le logement c’est la pire affaire »

Dans des villes comme Chicoutimi, Alma ou Jonquière, il n’y a qu’un seul « lit de crise ». C’est une solution temporaire d’hébergement pour un maximum de sept jours. « Cela fait des années et des années qu’on se bat contre cette situation, mais ce n’est pas nous qui décidons, » déplore François Paré. « Le logement c’est la pire affaire » ajoute-t-il.

Depuis l’ouverture du Centre L’Équilibre à Chicoutimi, plusieurs lits sont mis à disposition en cas d’urgence. Mais ces lits ne sont pas disposés à une réservation, donc impossible d’avoir une place à l’avance pour les détenus.

Pour les personnes sans soutien à leur sortie, trouver un logement devient donc un véritable casse-tête. Les anciens détenus doivent composer avec des revenus souvent précaires, et la transition entre la vie en détention — où tout est encadré, du lever au coucher — et la liberté est un parcours semé d’embûches.

Souvent, les anciens détenus hésitent à retourner dans des environnements aussi strictement encadrés que ceux de la détention. Selon François Paré, avec un budget de moins de 500 dollars par mois, il est tout simplement impossible de trouver un appartement. Ils doivent se tourner vers des chambres individuelles, déjà rares. La crise du logement, qui complique encore la situation, rend l’accès à un hébergement stable et abordable quasiment inaccessible pour ces personnes en réinsertion.

« Chaque victoire, aussi petite soit-elle, est une immense réussite pour nous », affirme Isabelle Tremblay, convaincue que leur travail contribue à réduire les taux de récidive, un détenu à la fois.

Selon le Centre d’information de la police canadienne, le taux de récidive au cours des deux années suivant la mise en liberté s’élevait à 23,4 % pour l’ensemble de la cohorte 2011-2012, avec des taux distincts de 24,2 % chez les hommes et de 12 % chez les femmes.

« Chaque individu mérite une seconde chance, et nous sommes là pour les aider à saisir cette opportunité », résume François Paré.

*nom d’emprunt

Share: