L’IA : la solution facile du cinéma

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L’industrie du cinéma est de plus en plus développée dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Photo : Marc-Olivier Sauvageau

Les avancées de l’intelligence artificielle causent des remous dans l’industrie du cinéma. Les artisans s’inquiètent du futur de leur milieu alors que les Oscars ont nommé pour la première fois des films ayant utilisé l’IA.

Réalisatrice et scénariste de la relève œuvrant à Saguenay, Clarice Proulx trouve cette réalité démotivante. « Il y a une grosse perte de la créativité humaine, c’est la méthode facile », critique-t-elle.

La liste de nominations pour la 97e cérémonie des oscars est sortie le 23 janvier dernier. Au sein de nombreuses controverses, une d’entre elles ressort du lot : deux des films les plus nommés ont utilisé des logiciels d’intelligence artificielle.

En effet, les créateurs des films Le Brutaliste et Emilia Pérez ont eu recours à l’outil Respeecher pour effectuer des modifications à la performance vocale des acteurs. Le chef monteur du long-métrage, le Brutaliste, Dávid Jancsó explique dans une entrevue avec le média RedShark que le manque de temps et de budget les a poussés à trouver une solution plus facile. Il a aussi utilisé l’IA générative pour créer certains dessins architecturaux pour la séquence de fin afin d’inventer un style à son personnage fictif.

Cette année, Clarice Proulx a participé à la réalisation d’un court-métrage à Saguenay. Photo : Don-li Mercier

« J’utilise l’IA à certains moments pour me donner des idées ou me mettre au défi de concocter un scénario à partir de ce que Chat GPT me propose », admet Clarice Proulx. Elle est tout de même d’avis que c’est un outil à double tranchant. « D’après moi, il y a des côtés positifs, mais aussi extrêmement beaucoup de côtés négatifs », argumente-t-elle.

Elle cite la perte d’emploi comme une des problématiques qui l’inquiète le   plus. « Plus tard, ça se peut bien que la scénarisation et la postproduction soient faites avec l’IA. Si on veut que ça soit le plus rapide possible, l’IA c’est une solution facile », explique-t-elle

L’hypothèse de Clarice Proulx est soutenue par une récente publication du scénariste américain Paul Schrader. Crédité pour l’écriture de films célébrés tels que Taxi Driver et Affliction, il raconte avoir demandé des idées de films au logiciel Chat GPT. « Pourquoi les scénaristes devraient-ils attendre des mois pour trouver une bonne idée quand l’IA peut en donner en quelques secondes », écrit-il sur Facebook.

La production artistique

L’enseignante en Techniques cinématographique et télévisuelle et production 3D en Art et technologie des médias du Cégep de Jonquière, Geneviève Morin, remarque aussi que les divers outils d’intelligence artificielle sont de plus en plus utilisés dans le domaine. « On est dans un milieu capitaliste, donc tout se fait à l’argent et quand ça permet de couper des coûts, on choisit l’intelligence artificielle », explique-t-elle.  Geneviève Morin remarque que ce sont surtout les tâches simples, répétitives et les postes d’entrées qui se font remplacer par l’IA.

Malgré tout, elle ne s’inquiète pas encore pour le futur professionnel de ses étudiants comme ils apprennent de plus en plus à travailler avec ces logiciels. « Dans n’importe quel domaine, il faut s’adapter aux avancées technologiques, c’est inévitable. Donc c’est sûr que nous on prépare nos élèves à la réalité du milieu dans lequel ils vont bientôt entrer », témoigne-t-elle.

 

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