Services de repas à l’école : le gouvernement en fait-il assez pour nos jeunes ?

0,38$ par jour par élevé. C’est l’argent investi par le ministère de l’Éducation en 2022-2023 pour les services de repas et de collations dans les écoles du Québec. C’est 67 millions, soit 0,35% de leur budget, selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).
Xavier Pouliot | 2233264@etu.cegepjonquiere.ca
Ce n’est pas tous les jeunes qui ont le luxe d’avoir un déjeuner complet de nos jours. D’après l’IRIS, plus du cinquième des enfants vit d’insécurité alimentaire et 12% d’entre eux « en subissent une forme modérée ou grave ».
« Offrir des fruits, offrir des petits œufs à la coque, offrir des mini quiches, offrir des déjeuners qui vont être nutritifs, qui vont aider réellement l’enfant », c’est ce que recommande la nutritionniste Catherine Gauthier. Selon elle, tous les enfants devraient avoir accès à des repas santé à l’école pour parvenir à leur bonne réussite.
Un manque de service
Dans le Centre de services scolaires De La Jonquière, aucune école n’offre de service de cafétéria. « Le service était de moins en moins populaire auprès de notre clientèle, tout simplement », explique la coordonnatrice aux Services du Secrétariat général des communications, Stéphanie Audet. On parle d’un manque qui date d’avant la pandémie, celle-ci n’a donc pas joué dans la décision.
En tout, c’est 26 établissements (du préscolaire à la formation aux adultes) qui sont regroupés dans le Centre de services scolaires De La Jonquière.
Un phénomène semblable se produit à l’école secondaire Saint-Gabriel, dans les Laurentides. Là où la cafétéria est fermée depuis une dizaine d’années. La raison est que le système de ventilation de la hotte n’était plus en normes. La réparation s’avérant trop coûteuse, l’établissement explique qu’il était plus simple de couper les services.
Pourtant, Saint-Gabriel est une école où tous les élèves font partie d’une discipline Sport-Études, c’est-à-dire, des cours le matin et du sport tout l’après-midi. On comprend facilement qu’un élève athlète doit bien se nourrir pour permettre à son corps et son cerveau de pouvoir bien fonctionner au quotidien.

Mégane Beaucage a été récipiendaire du prix « joueuse étudiante » deux années de suite dans la Ligue de Hockey Élite du Québec. (Photo : Étoiles Laurentides-Lanaudière)
Mégane Beaucage est une étudiante de secondaire 3 en Sport-Étude hockey féminin. Selon elle, le manque de service de nutrition auprès de l’école est un problème pour elle et tous ses collègues. « C’est un problème parce qu’une cafétéria, ça offre souvent un menu accessible et peu dispendieux à des étudiants. […] Si on oublie nos lunchs, on doit se rendre dans le village qui est loin et c’est beaucoup plus dispendieux. Ça serait bien aussi d’avoir des collations, comme toutes les écoles, comme des galettes ou des trucs santé. Je pense que ça marcherait vraiment », témoigne l’hockeyeuse.
L’importance de la nutrition pour son développement
C’est connu, l’alimentation est l’élément numéro un pour un développement sain. « C’est l’énergie qu’on consomme, c’est notre carburant. Ce sont des vitamines, des minéraux, ce sont des macronutriments, des protéines, des glucides, des matières grasses. Pour la santé en général et pour le développement de l’enfant c’est sûr que c’est important », assure Catherine Gauthier.
Si l’alimentation est notre « carburant », c’est elle qui nous garde éveillés.

Catherine Gauthier est diplômée du programme international olympique en nutrition sportive. (Photo : Catherine Gauthier)
De surcroit, une saine nutrition est notre meilleure alliée à l’école. « Ça n’a peut-être jamais été étudié ou démontré et prouvé, mais un enfant qui a une alimentation super saine, nutritive, de beaux petits déjeuners complets et tout versus un enfant qui mange peu ou moins bien par exemple, des bols de céréales super sucrés ou qui ne déjeune pas. C’est sûr que, à moyen terme ou à long terme, ça va avoir un impact sur l’apprentissage, puis la concentration, la réussite », raconte la nutritionniste.
C’est d’ailleurs le cheval de bataille du Club des petits déjeuners.
Dans la région, le Club collabore avec un partenaire communautaire. Le Service d’intervention de proximité du Domaine-du-Roy (SIP-DDR), au projet « Service d’accès local en sécurité alimentaire » (SALSA). Le SALSA travaille étroitement avec plusieurs acteurs dans la région, dont le CIUSSS, l’UQAC ou la Coop Chambord pour offrir un carrefour de services qui incluent la transformation de divers aliments récupérés auprès de marchés, mais aussi la mise en place d’une épicerie communautaire et d’une cuisine collective.
Le Club agit en tant que partenaire financier avec l’appui du gouvernement fédéral. En tout c’est 443 élèves qui sont nourris chaque matin. SALSA avait offert environ 25 000 repas pour aider ceux dans le besoin au terme de la première année.
Modèle finlandais
En Finlande, tous les élèves de la maternelle jusqu’aux écoles professionnelles bénéficient d’un repas chaud et nutritif chaque jour. En plus de recevoir des cours d’éducation familière qui les introduisent à la cuisine et à la nutrition.
Sur le site This is Finland, produit par le ministère des Affaires étrangères de Finlande, on apprend que cette initiative date du début du 20e siècle et est devenue obligatoire en 1940. « Le souci des autorités était de garantir un repas par jour aux écoliers du primaire, et d’assurer ainsi leur assiduité à l’école », peut-on lire.
« Donnez du poisson à une personne et elle mange une fois, apprenez à pêcher à une personne et elle se nourrira toujours ».
C’est sur cette citation connue que se base la Finlande avec leurs cours d’éducation familière. Un savoir-faire qui était naturellement transmit de mère en fille, mais ces connaissances se perdaient peu à peu auprès des enfants déracinés. Le gouvernement a alors mis en place ces cours et ce système de distribution de repas chauds gratuits.
Au Québec, « offrir un repas quotidien gratuit à tous les élèves du réseau scolaire public coûterait 1,7 milliard de dollars par année (incluant le coût de l’encadrement des enfants du primaire par des professionnel·le·s du service de garde scolaire) », selon l’IRIS. Et aurait des retombées économiques annuelles de 184 millions pour l’agriculture locale.






