Un « glissement inquiétant » en matière d’égalité des droits sociaux

La publication de la poète, autrice et critique littéraire, Marie-Elaine Guay, a tourné sur les réseaux sociaux dénonçant les actions du gouvernement Carney et les risques pour le futur des minorités canadiennes. (Instagram : Marie-Elaine Guay)
« Mark Carney a fait passer le message que ce ministère est moins important » souligne le politologue et professeur au Cégep de Jonquière, Pierre Turcotte. L’abolition du poste de ministre des Femmes, de l’Égalité des genres et de la Jeunesse, occupé jusqu’à ce jour par Marci Ien, a été jugée inquiétante pour les femmes et les groupes marginalisés d’après deux spécialistes. Malgré la tenue d’élections fédérales qui annoncent un nouveau cabinet dans un mois, c’est le « glissement » moins progressiste causant cette suppression qui est préoccupant.
Les dossiers du ministère des Femmes, de l’Égalité des genres et de la Jeunesse n’ont pas été jetés à la poubelle. Steven Guilbault et son nouveau ministère de la Culture et de l’Identité canadiennes prendront le relais. « C’est alarmant », résume M. Turcotte. Selon lui, regrouper des ministères alourdit la charge du ministre et, en conséquence, réduit la qualité des actions prises.
« C’est certain que l’offre de soutien va décliner [sous le ministère de la Culture et de l’Identité canadiennes] », affirme la chargée de cours d’études féministes à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), Alice van der Klei. Celle qui est aussi agente de recherche pour l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) envisage un « danger » si le ministère ne retrouve pas son indépendance après les élections. « C’est un processus qui va engendrer une réduction des subventions et de l’aide aux groupes de personnes marginalisées, comme pour les centres d’aides aux femmes violentées ».

Pierre Turcotte est politologue et professeur de sciences politiques du Cégep de Jonquière. (Courtoisie)
Tout comme le politologue Pierre Turcotte, Mme van der Klei croit que la situation est davantage « alarmante » que risquée, dépendamment du prochain cabinet nommé à la suite de l’élection du 28 avril prochain. Il s’agit d’une « tendance » et d’un « glissement » vers une société plus radicale qui sont inquiétants selon elle. « De suivre l’homme orange dans ces mouvances, un homme accusé d’abus sexuels, ça radicalise, ça met sur la défensive, ça encourage les pensées politiques à croire qu’il est plus important d’investir en défense nationale qu’en subventions aux besoins des groupes marginalisés », soutient-elle.
Le premier ministre sortant, Mark Carney, a justifié ses coupes ministérielles en expliquant qu’il voulait focaliser l’attention du gouvernement sur la guerre économique avec les États-Unis et les
menaces à la souveraineté canadienne. « La théorie politique nous dit, que quand on est dans des moments de notre société où on sent en danger, où on est en survie, on veut des gouvernements dits plus paternalistes et c’est ce que Carney propose en se dirigeant vers la droite, avec un axe vers l’économie », détaille le professeur de sciences politiques du Cégep de Jonquière.
« On va avoir des élections fédérales qui vont porter sur les relations internationales et moins accorder d’importance aux débats de terrain », poursuit-il. D’après M. Turcotte, la situation tarifaire et la crainte pour l’économie canadienne éclipsent les enjeux quotidiens comme l’égalité sociale et la condition féminine. « Si ce n’est pas important maintenant, c’est quand que ça va l’être ? »
L’agente de recherche à l’IREF remet en question le « cabinet de guerre » que Carney a mis sur pied pour faire face aux États-Unis. « C’est beaucoup axé sur l’économie et la peur de l’autre, mais est-ce que l’identité canadienne ne passe pas par notre aide sociale, notre assurance-maladie universelle, notre ouverture d’esprit ? »

Fondé en 1990, l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) regroupe 745 membres et cherche à développer les études féministes au Québec. (UQAM)
« L’étiquette Carney : il n’essaye pas de séduire la gauche »
Selon M. Turcotte, il est politiquement très avantageux pour Carney d’annoncer un cabinet amoindri, mais axé sur la guerre tarifaire. « L’électorat qu’il veut aller chercher, ce sont des gens qui sont habituellement au centre, mais qui se dirigent vers la droite à cause du climat politique », soutient le professeur de cégep. D’après lui, il y a peu d’électeurs de gauche à perdre, une autre raison de ne pas s’acharner sur des politiques d’inclusion.
Selon les deux spécialistes, le niveau d’inquiétude en lien avec l’avenir du ministère des Femmes, de l’Égalité des genres et de la Jeunesse sera à réévaluer après que les Canadiens se seront prononcés aux urnes le 28 avril prochain.






