Produits ultratransformés : ce qui se cache dans nos assiettes

Les aliments ultratransformés ont été responsables de 38 % des troubles cardiovasculaires recensés en 2019 au Canada, selon une étude publiée par Cœur + AVC. (Crédit : Isolyne Chapeyrou)
Environ 57 % des Québécois consommaient des produits certifiés biologiques en 2022, selon un sondage mené par la firme Segma Recherche. Un signe que l’alimentation biologique gagne en popularité, alors que l’industrie agroalimentaire continue d’utiliser des produits chimiques.
Le terme « biologique » est une appellation réservée et contrôlée au Québec. Les compagnies qui souhaitent l’utiliser sur leurs produits doivent répondre à des exigences de réglementation. C’est ce qu’explique le conseiller expert pour le secteur biologique au MAPAQ (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation), Nicolas Turgeon : « Le produit doit être certifié par un organisme de certification et l’exploitant doit suivre un cahier des charges et des normes de production et de transformation pour ses produits. »
Des produits nocifs dans nos assiettes
De nombreux pesticides ou additifs sont encore utilisés dans l’industrie agroalimentaire. Selon Nicolas Turgeon, le lobbyisme pourrait expliquer le fait que certains sont encore autorisés. Il rappelle quand même que l’augmentation de la population oblige l’agriculture à être de plus en plus performante. L’acceptation de certains produits, jugés moins « nocifs » que d’autres, devient donc parfois nécessaire.

Nicolas Turgeon a reçu un prix pour sa contribution au développement du secteur bio québécois, dans le cadre du Gala reconnaissance bio 2024. (Crédit photo : courtoisie)
En ce sens, la nutritionniste Catherine Gauthier explique que les additifs et sucres ajoutés dans les aliments ultratransformés pourraient quand même être néfastes sur le long terme. « On peut le manger, on ne va pas tomber malade directement, mais indirectement en surconsommation, sur plusieurs années, ça peut causer des gains de poids, du diabète et d’autres problèmes de santé », note la Saguenéenne.
Une évaluation sujette à changements
Les produits de synthèse comme les additifs ou les pesticides subissent des évaluations pour déterminer leur impact sur la santé et l’environnement. C’est ce qui conditionne ensuite leur utilisation. L’expert en biologie explique que, souvent, les données qui servent à ces évaluations sont fournies par les compagnies qui les produisent. Il estime que cette pratique pourrait être « biaisée », et parfois favoriser une autorisation.
Des chercheurs de l’Université de Sherbrooke ont démontré que les produits de synthèse utilisés dans l’agriculture conventionnelle interagissent entre eux. L’évaluation de ces produits se fait de manière individuelle, et par conséquent « l’impact de la synergie de ces substances-là ne peut pas être pris en compte pour le moment », explique Nicolas Turgeon.
L’expert pense que les modalités d’évaluation au cours des prochaines années seront améliorées pour prendre en compte les impacts des produits lorsqu’ils sont utilisés ensemble. « C’est une question de temps », assure-t-il, en précisant que le principal frein reste le financement des recherches. « C’est rare que les compagnies agrochimiques aillent soutenir financièrement ces recherches. » L’État prend alors le relais, ce qui peut expliquer les délais.
Manger « bio » pour sa santé ?

Selon l’Institut national de santé publique du Quebec, les
Québécois consomment moins d’aliments
de restauration rapide (18 %) que les autres
Canadiens adultes (28 %).
Selon un sondage réalisé en 2024 par la Filière biologique du Québec, les consommateurs se tournent vers l’agriculture biologique pour préserver leur santé. La certification leur assure l’absence de produits chimiques, qui pourraient constituer un risque pour leur santé.
Catherine Gauthier rappelle que le plus important n’est pas de manger des produits biologiques, mais de consommer des aliments les plus naturels possibles. « Je te parle d’une pomme, je ne te parle pas d’une compote de pommes qui est faite dans les usines industrielles, mais d’une pomme que tu as prise de l’arbre. »






