Filière Phosphate : de 800 à 1000 emplois projetés

C’est en transformant l’apatite retrouvée dans les gisements de phosphate que l’on obtient de l’acide phosphorique purifié. (Photo : Zachary Sanche)
En raison de la qualité de son phosphate, le Saguenay-Lac-Saint-Jean est en bonne voie de créer une nouvelle filière industrielle et minière. Le développement de deux entreprises pourrait créer jusqu’à 1000 emplois dans la région, selon le vice-président exécutif de First Phosphate, David Dufour.
C’est un jeu qui se fera à deux dans la région : Arianne Phosphate, qui existe depuis 2007, et First Phosphate, une jeune entreprise, se lancent dans l’exploitation de ce minerai. Ce n’est cependant pas source de tension pour autant.
« Que le compétiteur soit à 200 km ou qu’il soit à 2000 km, c’est pour les mêmes clients qu’on va aller chercher le marché », explique le chef des opérations chez Arianne Phosphate, Raphaël Gaudreault.
Même son de cloche chez First Phosphate. « Il y a de la place pour 5 à 10 joueurs en plus des deux compagnies », appuie M. Dufour.
Les deux entreprises en sont cependant à des étapes bien différentes. Arianne Phosphate a obtenu son autorisation environnementale en 2015 alors que First Phosphate doit encore se soumettre au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).
« On est dans les juridictions au monde les plus encadrées au niveau environnemental », mentionne le directeur de la Table régionale de concertation minière (TRCM), Benoît Lafrance, en expliquant qu’une importante quantité de permis doit être délivrée pour de tels projets.

La TRCM vise à donner une stratégie de développement minier responsable à la région et est chapeautée par le Centre d’études sur les ressources minérales (CERM) de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). (Photo : Zachary Sanche)
L’acide phosphorique créé à partir de ces gisements peut servir dans une multitude de produits : engrais, boissons gazeuses, détergents, etc. C’est aussi un ingrédient essentiel des batteries lithium-fer-phosphate (LFP), qu’on retrouve notamment dans les voitures électriques.
Pureté unique au monde
« On a les gisements de phosphate les plus purs au monde ici », insiste M. Lafrance.
C’est qu’il existe deux classes de gisements de phosphate. Ceux de roches sédimentaires sont produits en Afrique et en Asie. Ils présentent de la radioactivité et des métaux lourds, ce qui demande des efforts d’épuration importants.
En contrepartie, ceux de roches ignées, comme les gisements retrouvés dans la région, sont bien plus purs. Par exemple, le gypse issu de roches ignées est de meilleure qualité et est réutilisable. Ce ne sont que 10% des gisements de phosphate dans le monde qui sont issus de ce type de roche, selon M. Gaudreault.
« Quand on a une filière d’approvisionnement comme ça, qui est éthique et responsable, c’est une opportunité fantastique pour les marchés qui vont demander ça de plus en plus », souligne M. Lafrance.
Le phosphate fait partie de la liste des minéraux critiques du Canada depuis 2024, un ajout attendu des joueurs de l’industrie.
Prochaines étapes?
Arianne Phosphate doit toujours recueillir 2,3 milliards de financement pour que le projet aille de l’avant. Le conseiller stratégique et ancien ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, estimait que l’exploitation de la mine et de l’usine débuterait d’ici trois à cinq ans.
Le 4 octobre, le ministre canadien de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, octroyait 735 000$ à l’entreprise pour aider ses efforts de recherche et de développement. L’objectif : construire une usine d’acide phosphorique au Port de Saguenay.

Des prospecteurs et des membres de First Phosphate sur le site de la société. (Photo : Courtoisie First Phosphate)
Du côté de First Phosphate, l’horizon 2027 est évoqué pour l’obtention de l’autorisation environnementale qui lancerait la construction de la mine. « On a des clients qui attendent après nous. On serait demain matin en production et la production serait déjà vendue », affirme M. Dufour.






