L’industrie forestière : une incertitude constante

L’abandon du projet de loi 97 sur le régime forestier et les tarifs de 45 % sur le bois d’œuvre canadien ont constitué des facteurs d’incertitude importants pour les entrepreneurs forestiers, qui s’inquiètent pour leur avenir.
C’est le cas de Keven Tremblay, entrepreneur forestier au nord du Lac-Saint-Jean. Sa compagnie, Forestrek, est sous-traitante de l’entreprise Domtar. Il se demande si son métier comme il le connait aujourd’hui survivra.

Keven Tremblay dénonce que les entrepreneurs ne soient pas écoutés par le gouvernement provincial. (Photo : courtoisie)
« On essaie tout le temps de faire plus avec moins. On est en train de pogner la ligne pis ça va finir par casser. »
Rappelons que Donald Trump a instauré des droits de douane de 10% supplémentaires sur le bois d’œuvre canadien depuis le 14 octobre. « Les États-Unis ont besoin de 25% qui vient de l’extérieur. Historiquement, ça a toujours été le Canada qui a été leur fournisseur de bois d’œuvre », explique l’économiste forestier et associé chez l’évaluateur S. Guy Gauthier, Louis Dupuis.
D’autres pays pourraient donc importer plus de bois d’œuvre chez nos voisins du sud avec l’application de ces droits de douane, comme le craint Keven Tremblay.
« Tout ce qui est au Canada, c’est principalement envoyé aux États-Unis. Les autres pays n’ont pas de tarifs. Nous, on est paralysés de ça. Là, on se fait voler le marché. »
Une association qui a « plus de poids » ?
« En fin de compte, l’entrepreneur forestier subit à peu près tout et il ne contrôle à peu près rien. » Voilà comment Louis Dupuis résume la situation des entrepreneurs en ce moment.
Keven Tremblay dénonce quant à lui une dépendance aux grandes entreprises, les « donneurs d’ouvrages », pour obtenir des contrats de travail réguliers et à long terme.

Domtar, Société Sylvicole Mistassini et Rémabec sont les principaux donneurs d’ouvrages du Lac-Saint-Jean. (Photo : Alicia Flageol)
« On vit avec l’inquiétude. On est dépendant de l’industrie. On n’a pas de porte de sortie. On n’a pas de programmes d’aide. C’est pour ça qu’on pousse à faire une association pour venir en aide aux entrepreneurs. »
L’Association québécoise des entrepreneurs forestiers (AQEF) existe depuis 2021. Toutefois, selon le directeur général Martin Bouchard, elle n’a pas assez de poids. Il explique que l’association n’est pas en mesure de négocier avec l’industrie pour les droits des entrepreneurs.
Un régime « démodé »
Il faut rappeler que le projet de loi 97 visant à réformer l’ancien régime forestier a été abandonné en septembre dernier. Certains groupes autochtones ainsi que plusieurs entrepreneurs s’étaient opposés à l’adoption de cette loi.

Mickael Lamontagne est propriétaire de l’entreprise Foremgi, sous-traitante de Rémabec. (Photo : courtoisie)
Toutefois, l’entrepreneur forestier Mickael Lamontagne croit que le régime actuel est « démodé » et « doit être refait ». « Il aurait pu être remodelé, ça n’avait aucun sens. On dirait qu’ils donnaient trop de pouvoirs aux compagnies forestières. »
Louis Dupuis le qualifie en plus d’archaïque. « Dans le projet de loi 97, il n’y avait absolument rien pour eux autres. Ils opèrent dans le même système qu’à l’époque des bucherons à la scie à chaine. »






