Médicaments minceur : miracle ou illusion ?

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À l’origine utilisés pour traiter le diabète, des médicaments comme Wegovy et Ozempic se sont popularisés avec le temps pour la perte de poids. (photo: Unsplash)

Ozempic, Wegovy… l’usage des médicaments pour la perte de poids explose sur les réseaux sociaux. Présentés comme des « solutions miracles » par plusieurs créateurs de contenu, ces traitements soulèvent pourtant de nombreuses questions.

Selon le coach en conditionnement physique et influenceur fitness, Vincent Caron Saucier, le principal danger de ces médicaments est la fausse impression qu’une simple injection suffit pour résoudre un problème complexe. « Je ne vais jamais diriger quelqu’un vers ça. Je peux l’encadrer si la personne décide d’en prendre, mais je ne le recommanderai pas. Tout ce qui est une solution facile apporte un retour de bâton », explique-t-il. Il rappelle qu’une perte de poids trop rapide entraîne aussi une perte de masse musculaire, ce qui affecte la mobilité, les articulations et l’énergie globale.

Les publicités pour Ozempic envahissent de plus en plus les réseaux sociaux, visant particulièrement un public jeune. (Photo : publicité Instagram)

La nutritionniste-diététiste chez ÉquipeNutrition, Carol-Ann Robert, nuance toutefois l’inquiétude populaire. Elle explique que le sémaglutide, l’ingrédient actif d’Ozempic, imite une hormone naturelle liée à la satiété. « Ça coupe l’appétit, ça ralentit la digestion, et certaines personnes voient même leur « food noise » diminuer. » Le “food noise”, c’est cette petite voix intérieure qui occupe l’esprit d’une personne avec des pensées constantes de nourriture. Elle précise toutefois que les effets secondaires comme les nausées, les ballonnements et la constipation sont fréquents et rappelle que « quand le médicament est arrêté, la reprise de poids est très fréquente. »

Annie, une mère dans la quarantaine ayant pris Ozempic pendant plus d’un an confirme ces observations. En entrevue, elle décrit des effets secondaires apparus rapidement : « Moi, c’étaient des diarrhées intenses […] dans une heure de route c’est plate mais ça se pouvait que j’arrête deux fois. » Malgré l’augmentation progressive des doses, elle n’a perdu qu’entre huit et dix livres en un an. Elle souligne aussi le coût important du traitement : « 345 $ par mois minimum. À la longue, j’aurais aimé mieux garder cet argent-là. »

 

Les limites et risques

Pour M. Caron Saucier, alias Coach Vince, le problème survient surtout lorsque le médicament est utilisé sans changement d’habitudes : « Le jour où tu arrêtes, l’appétit revient. Si t’as rien mis en place, tout revient aussi. » Carol-Ann Robert met également en garde contre la montée des versions contrefaites vendues en ligne : « On voit circuler des produits moins chers, non vérifiés. Les gens ne savent pas toujours ce qu’ils s’injectent », rappelle-t-elle.

Le coach Vince élabore un programme personnalisé adapté aux besoins et aux objectifs de chacun de ses clients. (Photo : Instagram du Coachvinceqc)

Annie explique que son mode de vie rendait difficile l’adoption de nouvelles habitudes, limitant probablement l’effet du médicament. « J’aime m’entraîner, mais j’ai pas le temps. C’est ça le vrai problème. » Après avoir cessé le traitement, elle a rapidement repris le poids perdu. « Tu arrêtes, et deux semaines plus tard, tu remets tes pantalons deux tailles plus grands », soutient-t-elle. Elle ne rejette toutefois pas Ozempic pour autant. « Si ça fonctionne pour toi, pis que t’es bien, continue-le. Mais pour moi, ça ne valait pas la peine. » Elle a trouvé davantage de stabilité grâce au sport, aux marches quotidiennes et à un recentrage sur sa santé mentale.

Un outil, pas une solution magique

Professionnels et utilisateurs s’entendent donc sur un point : si Ozempic et Wegovy font rêver sur TikTok, la réalité, elle, est beaucoup plus complexe. Alors, face à ces promesses et ces risques, la vraie question reste : Jusqu’où la société est-elle prête à aller pour perdre du poids rapidement ?

 

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