Révolution syrienne : chaos humain et défi journalistique

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Marie Colvin était reconnue pour prendre des risques que d’autres collègues ne prenaient pas. C’est en 2001, au Sri Lanka, qu’elle a perdu l’usage de son œil gauche lors d’une attaque à la grenade. (Photo : Facebook)

Un an après la chute du régime Assad, la Syrie tente tant bien que mal de se reconstruire après une guerre civile qui a profondément blessé le pays. Celle-ci a changé la nation syrienne, mais a aussi secoué la communauté journalistique.

Selon Reporters sans frontières, Bachar al-Assad et ses alliés ont tué 181 journalistes entre 2011 et 2024. En 2012, la mort de Marie Colvin et Rémi Ochlik a particulièrement choqué le monde du journalisme, même au Québec.

Le centre de presse où Colvin et Ochlik se trouvaient, au cœur de Homs, a été bombardé. La journaliste française Édith Bouvier et le photographe britannique Paul Conroy ont également été blessés au cœur de l’attaque. En 2019, un tribunal de Washington a qualifié la mort de Marie Colvin de meurtre. Bachar al-Assad, de son côté, a toujours nié la responsabilité de son gouvernement dans le décès de la journaliste.

Tuer le messager

Selon la chroniqueuse aux affaires internationales pour La Presse, Laura-Julie Perreault, les attaques ciblées envers les journalistes sont théoriquement interdites, entre autres parce que ceux-ci sont considérés comme des civils. Elles ont tout de même lieu, « pour s’assurer qu’il n’y aura pas de couverture [des événements] », précise la chroniqueuse.

Laura-Julie Perreault considère que le conflit en Syrie a été difficile à couvrir puisqu’il était ardu d’accéder au front. (Photo : La Presse)

L’expert du Moyen-Orient et professeur à l’Université Laval, Francesco Cavatorta abonde dans le même sens. « Toi, tu ne peux pas te permettre de te balader dans Jonquière et de tuer des gens, Assad par contre, lui, il peut. »

Mme Perreault soutient cependant que couvrir des zones hostiles aujourd’hui n’est pas plus dangereux qu’il y a dix ans. Elle explique qu’« il y a toujours eu des journalistes qui ont perdu la vie, ou qui ont été pris à partie, qui ont été kidnappés ». C’est pour minimiser ces dangers qu’elle souligne l’importance de travailler avec des journalistes locaux, qui connaissent le terrain.

D’un autre côté, la chroniqueuse soutient que le droit international est en train de s’effondrer et que cette situation a un impact sur la sécurité des journalistes. « On voit des attaques éhontées contre les civils au Soudan, au Congo, à Gaza… Les journalistes faisant partie de ça [des civils], ça nous met en danger, parce qu’on est souvent proches des gens. »

Un régime de personnalisation

La Syrie est importante pour Francesco Cavatorta puisqu’il y a vécu plusieurs années. (Photo : Université du Québec à Montréal)

Francesco Cavatorta, définit le régime de Bachar al-Assad comme une dictature autoritaire centrée sur le symbole des Assad.  « Beaucoup de pouvoir était dans la personne de Bachar al-Assad, et avant lui, de son frère, de sa famille, de son clan », décrit-il.

M. Cavatorta rapporte que ce régime a gouverné avec répression, souvent en ayant recours à la violence politique contre ses dissidents. Pour la famille Assad, « l’idée, c’était de rester au pouvoir à tout prix », explique-t-il.

C’est le Printemps arabe, en 2011, qui a inspiré les Syriens à descendre dans les rues pour tenter d’améliorer leurs conditions de vie de façon pacifique. « Le régime a répondu aux manifestations, même si elles étaient pacifiques, avec une violence considérable, ce qui a ensuite amené une partie des manifestants à adopter aussi la violence pour essayer de changer de régime », illustre le professeur.

La Syrie d’aujourd’hui

Bachar al-Assad a gouverné le pays durant 13 ans, malgré la violence et les sanctions internationales. En 2024, en douze jours, une coalition armée a renversé le pouvoir. Maintenant, ce groupe tente de reconstruire le pays, une tâche difficile. Selon Francesco Cavatorta, « c’est un pays où il n’y a plus rien, où tout doit être reconstruit. C’est un pays où les différentes communautés se soupçonnent encore les unes et les autres, en dépit des efforts qui ont été faits pour la réconciliation ».

M. Cavatorta soutient que l’actuel président syrien et ancien chef djahiste, Ahmed al-Charaa, jouit d’une certaine légitimité auprès de la population. Il a été à la tête du seul mouvement qui a réussi à détruire une dictature vieille de 55 ans. Ce gouvernement a promis l’instauration d’une véritable démocratie, mais le professeur demeure sceptique. « Je pense qu’il serait un peu stupide d’être super optimiste. Je pense qu’il faut être réaliste. C’est un pays qui a des défis gigantesques et on ne sait pas vraiment s’il va s’en sortir. »

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