Mike Paul Kuekuatsheu : Du nomadisme protecteur au chants contestataires

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Michaël Paul Kuekuatsheu est surnommé, dans sa communauté, le Carcajou : un mammifère connu pour son courage, son caractère farouche et solitaire. En tant que gardien de territoire au sein de sa communauté, il agit activement au rayonnement et à la pérennité de sa culture.

« Le centre de notre culture, c’est le voyage »

D’origine Attikamek par son père et Abénaquis par sa mère, Michaël Paul Kuekuatsheu est né à Mashteuiatsh (anciennement Pointe-Bleue) en 1980. Il est issu d’une famille de nomades, liés à la nature, mais également aux échanges et aux rencontres.

« Un nomade, c’est quelqu’un qui se déplace, qui se déplace en canot, qui se déplace constamment. Il va suivre le rythme des saisons. Il va se déplacer pour chasser, pour survivre, pour se nourrir. Parce qu’ici, la survie dépend des caribous. […] Le caribou est sacré. C’est un être égal à nous, parce qu’il a contribué à notre survie. C’est une relation sacrée qu’on a avec le caribou. Par le rêve, depuis des millénaires. »

Michaël a reçu la transmission culturelle des traditions Innu-aitun par ses parents et ses grands-parents. L’apprentissage de ces traditions ancestrales est une période marquante de sa vie. Jusqu’à l’âge de 5 ans, il est dans la forêt. Il apprend à chasser, cueillir les plantes médicinales, confectionner des outils indispensables, développer des techniques de survie, apprendre les liens et les relations avec le territoire, les animaux. « J’ai eu la chance de passer une enfance en forêt avec mes grands-parents […] Je te dirais que ce sont les moments de ma vie que j’ai le plus appréciés. »

Le nom Paul est un nom imposé par le baptême, qu’il tient de sa mère. Ses noms sont Makanaskina et Kuekuatsheu. (Photo : courtoisie)

« Innus c’est un être humain, ça veut dire la même chose. »

Son apprentissage a été toutefois mis en pause par l’obligation d’aller à l’école. Les pensionnats ont fermé en 1996. Michaël Paul fait donc partie de la dernière communauté à avoir vécu cette expérience : « C’est ce qui nous a déracinés de notre culture. Mais quand même, ça a contribué à me donner beaucoup de savoir et de transmission. »

Beaucoup d’éléments de leur culture ont été coupés. Selon lui, l’objectif était de les éloigner de leur territoire et de leur identité. Il affirme qu’il est encore aujourd’hui en processus de réappropriation, comme beaucoup de personnes au sein de la communauté.

« Il y a une décolonisation qui se fait dans la communauté. Parce qu’après 150 ans de colonisation, de pensionnats, les pow-wow sont revenues, les danses traditionnelles, les costumes, les cérémonies sont revenus. Les traditions, justement, qui favorisent la guérison de chaque personne. »

Il explique que nombreux d’entre eux réalise, encore aujourd’hui, un cheminement personnel pour retrouver la spiritualité autochtone, renouer les liens avec la nature, les chants spirituels, renaître avec ses traditions. C’est ce qu’on appelle la réconciliation.

« Moi, je suis né dans ce contexte-là d’une réserve indienne qui est gérée par la Couronne britannique et le Canada fédéral. » […] « C’est un processus d’assimilation, de colonisation, afin de contrôler les ressources des terres, qu’on mit en place les anglais pour sortir les autochtones du territoire. »

« Ce n’est pas seulement nous autres, on fait ça pour les générations futures. »

Michaël Paul Kuekuatsheu est Katipelitak (gardien de territoire) pour sa communauté. Ce titre, légué de génération en génération, témoigne de ses connaissances aguerries de la forêt et de sa culture. « Ce n’est pas un chef suprême. Moi, mon but, c’est de modérer, de m’assurer que le respect demeure dans les relations familiales, mais en même temps territoriales. Tout ce qui est vivant. »

L’état de la forêt boréale le préoccupe. Selon lui, il faut laisser la gestion et la vie de ces forêts entre les mains d’experts qui ont les connaissances nécessaires à sa pérennité. (Photo : Pierre Bister)

Il a été grandement impacté par l’annonce du projet de loi 97 sur le régime forestier. Lui et les membres de sa communauté ont fait entendre leur voix en signe de protestation. « On est dans une crise climatique. C’est une réalité. Nous autres, on ne fait pas ça pour être des mauvais. En même temps, c’est pour protéger toute la vie, les Québécois, tout le monde. »

De plus, la forêt est en lien avec la racine de leur langage. Elle est le témoin d’une culture ancestrale très ancienne que lui et sa communauté tentent de conserver et de diffuser. « Des milliers de mots sont reliés avec le caribou, mais le caribou est en voie d’extinction. On ne pourra plus transmettre ça, ça se perd. La même chose pour des espèces végétales qui s’éteignent, ou d’autres animaux. C’est notre langue qui meurt aussi, notre identité. Donc, ça va vraiment plus large que la chasse. »

Pour garder cette langue bien vivante et sensibiliser à sa culture, Michaël Paul Kuekuatsheu présente des conférences dans les écoles et les universités. Il organise des ateliers de contes et légendes, de survie, des cours de médecine traditionnelle, des dégustations de thé d’écorces d’épinettes rouges…

Lors de ces rencontres, il apporte beaucoup de contenu : Tambours, canot d’écorce, grosse peau de castor, mocassins, des raquettes tissées à la main, des pattes d’ours… (Photo : Loan Huard)

« Pour moi, la musique, ça m’a sauvé la vie »

Il mène une carrière de musicien et interprète ses propres chants en innu-aimun. Mike Paul Kuekuatsheu chante pour la préservation de sa culture millénaire, ainsi que pour en mettre en avant une réalité autochtone : la nécessité d’entrer en harmonie avec tout ce qui vit.

Jimi Hendrix, Jimmy Page, Black Sabbath, Metallica et Iron Maiden sont ses plus grandes inspirations (Photo : Loan Huard)

Il utilise le rock pour exprimer sa contestation. Il en profite pour dénoncer la colonisation de son peuple et sa sédentarisation : « Où sont passées nos sœurs ? », « Génocide bien calculé », « Tombe anonyme oubliée ».

« Je parle vraiment de ces sujets-là qui sont très délicats, mais en même temps, qui sont d’actualité et qui sont la réalité aussi et une vérité. La réconciliation ne se fera pas sans vérité. »

Il sort son 4ème album en 2025, qu’il nomme Nutshimit, « Vers l’intérieur des terres » (Photo : Loan Huard)

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