L’éducation : des études en péril

On estime que 10% des enseignants au Québec enseignent sans diplôme. (Photo : Pierre Bister)
Les concours pour devenir enseignant en France sont actuellement gelés pour des raisons politiques. Plus de 265 000 étudiants sont ainsi dans le flou le plus total quant à leur avenir. Au Québec, la situation n’est pas aussi complexe, mais l’entrée dans le monde du travail contribue à la pénurie.
En août dernier, une réforme sur les différents concours* pour devenir enseignant a été votée en France. Cependant, six mois plus tard, la réforme complique les examens. Au lieu de pouvoir passer le concours à bac +5 (l’équivalent d’une maîtrise au Québec), les étudiants peuvent s’y inscrire dès bac +3 (baccalauréat). Ceci a permis à de nombreux étudiants de s’inscrire au concours plus tôt, puisque les étudiants de troisième et quatrième année s’ajoutent à ceux de cinquième année pour les épreuves. Ce sont donc 265 000 étudiants qui sont inscrits pour la session 2026 des différents concours, soit 112 000 de plus que l’année dernière. Malgré cette augmentation de participants, il n’y a que 6 700 postes à pourvoir de plus.
« On ne sait pas ce qu’il se passe », se révolte une étudiante en quatrième année pour devenir professeure au primaire, Clara Sigrist. Les étudiants sont dans le flou et leurs professeurs le sont tout autant. « Certains professeurs pensent que l’État nous utilise comme moyen de pression pour faire voter le budget », explique l’étudiante. Cela pèse beaucoup sur les étudiants qui se préparent pour ce concours depuis des années. « Il y en a beaucoup qui révisent depuis longtemps, et ils révisent énormément ! Ils étaient prêts et là tu leur dis que non, ce n’est pas sûr qu’ils puissent passer le concours, c’est du foutage de gueule », proteste la jeune femme.
Le concours est gelé car le budget de l’État n’a pas encore été voté, ainsi c’est le budget de l’année précédente qui s’applique, gelant de ce fait toutes les réformes prévues pour 2026. « On a commencé en septembre, on était presque quarante, maintenant on est douze à venir en classe », affirme Clara Sigrist. Elle poursuit en expliquant que cinq autres camarades de sa classe ont quitté, démotivés, depuis début décembre.

Clara Sigrist exprime sa frustration par rapport à la situation qu’elle vit depuis plusieurs mois. (Photo : courtoisie)
La perte d’attractivité au Québec
Un problème d’abandon que l’on retrouve aussi au Québec, où près de 50% des étudiants en science de l’éducation abandonnent pendant leurs études. Les experts sont pourtant optimistes : « il y a quand même des jeunes qui viennent vers les métiers d’enseignement », souligne le chercheur au centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) de l’Université Laval, Bernard Wentzel.
Les baccalauréats en sciences de l’éducation ont d’ailleurs un taux de diplomation aux alentours de 55% dans la province, confirmant la difficulté de ces études. Le chercheur affirme également qu’une grande partie des étudiants ont besoin d’aménagements, d’assouplissement du parcours de formation et d’être soutenus car ils ont, pour beaucoup, une charge familiale ou un emploi en plus. Selon lui, c’est l’une des raisons pour lesquelles autant d’étudiants abandonnent leurs études.
Une formation mal adaptée
Jade Côté, une jeune enseignante à Saint-Constant, souligne un autre problème : la formation. Passionnée par son travail, elle a travaillé dur pour son baccalauréat. Mais cela n’a pas empêché le doute de s’emparer de ses pensées. « Il y a eu des petites remises en question, à savoir si c’est ça que je voulais faire pour tout le restant de ma vie », confie-t-elle. Elle affirme cependant que son objectif n’a pas changé malgré cela.
Jade Côté explique aussi la difficulté pour les jeunes enseignants à trouver un poste qui leur plaît. « Cette année je me trouve vraiment chanceuse car j’ai eu un contrat que j’adore », avance la jeune femme. Mais c’est rarement le cas selon elle, beaucoup doivent se contenter de ce qu’ils peuvent avoir.
« Quand on commence, on est comme lancé dans la gueule du loup, on est sur le marché du travail avec peu de ressources, peu d’aide », poursuit-elle. Une vision qui est partagée par la recherche de Fanny Giguère et Joséphine Mukamurera (2019). Plus de la moitié des répondants de cette étude affirme avoir ressenti un manque de soutien dans leurs débuts dans la profession.
La formation est lourde de travail. Une étude du CRIFPE (2025) montre que la quasi-totalité des étudiantes et étudiants répondants rapporte des difficultés à concilier études et vie personnelle et 83,7 % peinent à concilier études et travail. « De plus en plus de ces jeunes sont captés par les centres de service scolaires pour un contrat et certains sont débordés par la charge de travail lorsque ce n’est pas intégré dans leurs cursus de formation », poursuit Bernard Wentzel. Un constat inquiétant selon lui, qui n’aide pas à redonner un élan au métier.

Bernard Wentzel pense que l’accueil des enseignants étrangers est une voie à exploiter (Photo : Université Laval)
De l’université à la salle de classe
Le projet Stage en emploi de l’université Laval a séduit selon le professeur. Il associe les centres de service scolaire à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval pour proposer aux étudiants des contrats compatibles avec leur formation. Les contrats sont ainsi reconnus comme des stages. « Les étudiants sont à la fois en emploi, encadrés par l’université et par l’enseignant associé dans les milieux scolaires », explique Bernard Wentzel. « La capacité à prendre des responsabilités et à être autonome fonctionne vraiment bien », poursuit le chercheur.
Les solutions sont donc présentes pour pallier la pénurie d’enseignants au Québec. Le ministère de l’Éducation a d’ailleurs annoncé donner 11 millions de dollars supplémentaires pour soutenir les nouveaux enseignants avec de la formation ou du mentorat. Cependant les principaux intéressés ne sont pas forcément réceptifs à cette idée. Jade Côté considère que ce n’est pas cela qui va régler le problème. « Ça dépend vraiment du milieu et de l’équipe dans lesquels on se trouve qui va faire en sorte que notre début de contrat d’enseignement va être facile ou difficile », explique-t-elle.
*Pour devenir enseignant en France, il y a différents concours pour tous les niveaux d’apprentissage. Les résultats permettent ensuite de classer les élèves dans un ordre de priorité pour récupérer un poste.






