Vivre du cirque québécois, mais loin du Québec

À chaque année, l’École de cirque de Québec reçoit 120 demandes d’admission, seulement 20 sont sélectionnées. (Photo : courtoisie)
Apparu au 18e siècle, le cirque n’a cessé d’évoluer depuis. Le Québec, pionnier du cirque moderne, suit de près cette évolution en proposant de nouvelles idées et en transformant les pratiques traditionnelles. Pourtant, les circassiens québécois font face à une réalité difficile : pratiquer leur art dans la province.
Circassien depuis ses 22 ans, Alexis Bernatchez a toujours été un amoureux de la scène. Jongleur et diaboliste amateur au secondaire, il a très vite compris que le cirque était sa voie.
« La première fois que je suis monté sur scène, j’avais quinze ans puis j’ai directement su que j’aimais ce feeling-là et que c’était spécial. Je me suis donc dit que j’allais me lancer dans le cirque et ça a fonctionné », dit-il avec un sourire en se remémorant ses débuts.
Aujourd’hui artiste établi dans le milieu, M. Bernatchez voyage partout dans le monde pour se produire en spectacle. Malgré ce succès, le circassien de 32 ans reste déçu des opportunités d’emploi au Québec.

Alexis Bernatchez se spécialise en diabolo sur patins à roulettes. Il a notamment travaillé pour des entreprises comme le Cirque du Soleil. (Photo : courtoisie)
« Il y a des possibilités si tu ne restes pas au Québec. Dans la province, il y a un peu d’événements. Il y a beaucoup de belles compagnies de cirque québécoises, mais on n’en consomme pas autant qu’on en crée. Ça, ça fait que les compagnies qui font des spectacles vont aller les produire ou les vendre à l’international. »
Il explique ce manque de possibilités par le monopole d’un autre art dans la province. « Je trouve qu’au Québec on est vraiment envahi par l’humour. Comme tout le monde, j’adore cet art, mais ça fait que les Québécois consomment surtout ça et ça fait que c’est plus difficile pour les autres arts de grandir au Québec », explique-t-il avec déception.
Le Québec, une plaque tournante
Malgré cet enjeu, le Québec reste un acteur majeur dans le monde du cirque. La province abrite d’ailleurs certaines des écoles de cirque les plus prestigieuses au monde. Le responsable des communications de l’École de cirque de Québec, Robin Pueyo, explique comment la réputation du Québec n’est plus à refaire.

Robin Pueyo est chargé des communications de l’École de cirque de Québec, depuis 2022. (Photo : Courtoisie)
« Le cirque québécois est devenu ce qu’il est et ce n’est pas pour rien. Justement, les artistes et le cirque d’ici ont su démontrer leur savoir-faire, ce n’est pas sorti de nulle part. On a juste à penser au Cirque du Soleil et on voit aussi de plus petites compagnies avec moins d’exposition rayonner à travers le monde. »
Ce phénomène peut également se constater dans le recrutement des écoles. « On reçoit énormément de candidats d’Europe qui veulent intégrer l’École du cirque de Québec, donc ça montre une qualité de formation qui n’est plus à prouver. On a souvent des gens qui nous contactent pour nous dire à quel point ils veulent venir dans notre école », mentionne M. Pueyo.
Et le futur?
Dans les prochaines années, Alexis Bernatchez espère pouvoir davantage pratiquer son art au Québec. Le circassien avoue que pour réaliser ce souhait, il va devoir faire des sacrifices. « J’adorerais ça travailler plus au Québec, mais si je veux continuer à vivre de l’art de la scène puis mettre de l’argent de côté je ne sais pas si ça va être possible sans un travail sur le côté. »
D’ici là, M.Bernatchez espère profiter pleinement du reste de sa carrière. « Le cirque pour moi ce n’est pas fini. Mon but à moi c’est d’arrêter parce que je veux arrêter pas pour d’autres situations », souligne-t-il.






