Naturaliser les animaux : une pratique menacée au Québec

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Marco à l'ouvrage

En ce moment, il travaille avec une équipe de production Netflix pour une série. L’équipe a même gardé l’animal naturalisé, un loup, pour la première de leur série. (Crédit photo : Karine Guay)

L’art de redonner vie aux animaux, de les naturaliser est en voie de disparition. Au Québec, une quarantaine de personnes exercent le métier traditionnel de taxidermiste et pas moins d’une dizaine sont maîtres-apprêteurs. Ces professionnels sont vieillissants et peinent à trouver une relève.

Amélie Harvey

Maître-apprêteur chez Bilodeau Canada, Marco Gilbert est le bras droit du taxidermiste. Il apprête les peaux et veille à leur qualité. « On travaille ensemble pour s’assurer de la meilleure qualité possible des peaux, surtout à l’étape du séchage. Quand la peau s’assèche, elle perd de la proportion, et peut perdre de la qualité. On s’assure qu’elle soit le plus souple possible pour la manipuler ».

En 2021, il ne restait plus qu’une dizaine de maître-apprêteur au Québec. Depuis, selon Mario Gilbert, « la situation ne s’est pas beaucoup améliorée » et les professionnels manquent à l’appel.

En poste depuis 32 ans, il a eu la chance de travailler sur de nombreux projets cinématographiques.

Une relève absente

À l’heure actuelle, Marco agit à titre de professeur pour ses apprentis, « trois travailleurs étrangers, des Guatémaltèques ». « Nous avons le défi de la langue pour nous comprendre », a-t-il indiqué. « Les Québécois ne sont pas intéressés à ce vieux métier traditionnel. C’est peu connu, les gens pensent que c’est dégueulasse, que les peaux ont des bactéries alors qu’elles sont traitées avec une solution. Je ne sais pas pourquoi ça n’intéresse pas les gens, peut-être que la relève passera par l’étranger », a préconisé l’artisan.

Un métier demandant

 Lucile Côté de Laterrière travaille à son compte. Elle peut rarement s’absenter de la maison sans affecter sa rentabilité. « C’est un travail exigeant, il faut constamment être aux aguets, attendre que la peau sèche, chaque étape demande de la minutie, du temps. Je travaille sept jours par semaine ». Son entourage ne souhaite pas reprendre les rênes de l’entreprise. « Ma fille, mon gendre et mon petit-fils, ils sont allergiques à ça », a déclaré la taxidermiste.

Image Lucile Côté

Lucile a appris le métier de manière autodictacte. « Je ne comprenais pas le livre. J’ai laissé le livre de côté et je me suis organisée pour que ça marche et j’ai développé des techniques ». Crédit photo : Amélie Harvey

À défaut d’avoir une relève, Lucile prodigue plutôt des conseils aux débutants dans le métier. « Il y a un gars de Sept-Îles qui m’appelle parfois pour avoir des conseils. Il en fait pour s’amuser ». Elle n’offre pas de formation elle-même, référant tous ceux qui souhaitent en obtenir à l’entreprise Bilodeau Canada. « On m’a déjà demandé de donner de la formation, mais j’ai refusé, je n’ai pas la patience », a-t-elle complété en riant.

oeuvre deLucile - rats jouent ensemble

Lucile pratique le métier depuis plus de 40 ans. Crédit photo : Amélie Harvey

Un domaine de formation plus accessible

Maintenant, de plus en plus de formation en taxidermie sont offertes au Québec. Il existe des formations postsecondaires, diplôme d’études professionnelles (DEP). Bilodeau Canada offre une formation de 600 heures en collaboration avec la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets depuis 2015.  Le Cégep de Saint-Félicien offre une attestation d’études collégiales sur l’apprêtage traditionnel de la fourrure pour les Premières Nations.

« Je vais continuer de pratiquer jusqu’à ce que mes mains ne suivent plus. Alors là, je prendrai ma retraite », a conclu la taxidermiste.

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