L’appel à l’aide d’un commerçant

Le récit de David Landman est celui d’un homme troublé, anxieux pour son futur d’entrepreneur, mais aussi pour son rôle de père de famille. Photo : Cédric Bérubé
Est-il possible pour des petits commerces de survivre en région ? Face à cette question, le propriétaire de Kao Chocolat, David Landman, a éclaté de rire. Derrière ce rire se cachaient en fait des larmes.
La chocolaterie artisanale Kao Chocolat se situe dans la municipalité de L’Anse-Saint-Jean, sur le littoral du majestueux Fjord-du-Saguenay. D’origine française, le propriétaire de la chocolaterie, David Landman, est confronté à la possibilité imminente de devoir fermer les portes de son commerce.
Il implore les autorités municipales et gouvernementales, de même que les citoyens, à encourager davantage les commerces locaux.
« Je ne veux pas mourir sans me battre. J’ai l’intention de lancer un appel à l’aide à la Municipalité régionale de comté (MRC). »
Rattaché à cet espoir qu’un jour ses endettements en vaudront la peine, David Landman sombre, entre temps, dans l’amertume. « J’ai arrêté de compter le total investi dans cette compagnie, parce qu’à un moment, tu te tires une balle dans la tête. »
L’homme, qui a « tout investi à L’Anse-Saint-Jean », explique la difficile réalité derrière le commerce en région. « Il est impossible de lancer une entreprise dans une petite municipalité sans être dans le jaune. Ma prochaine erreur pourrait être fatale », juge l’entrepreneur, qui œuvre dans le milieu de la restauration depuis 20 ans.
« Avant, j’avais de la motivation, mais maintenant, je ne sais plus pourquoi je me lève pour venir travailler », explique David Landman, évoquant la précarité salariale à laquelle il est confronté. Photo : Cédric Bérubé
« Je n’ai plus le choix d’augmenter les prix, sinon je suis mort. »
David Landman explique que le coût du produit peut parfois être mal interprété chez le consommateur. Certains oublient qu’un petit commerce n’est pas toujours soutenu par un patron bien nanti. « J’ai tout fait pour ne pas suivre la tendance inflationniste, je n’ai pas augmenté les prix pendant deux ans. Mais là, depuis le mois de mai, c’est fini, je n’ai plus le choix d’augmenter, sinon je suis mort », mentionne celui qui a un chiffre d’affaires négatif depuis le mois de janvier 2023.
À cœur ouvert, David Landman déplore le peu de diversité dans la façon dont consomment les résidents de la municipalité. « Si un Five Guys ouvrait ses portes ici, tout le monde s’y ruerait », peste le propriétaire. Selon lui, les consommateurs auraient « oublié que les petits commerces existent […] tous les artisans qui font du local vous relateront le même constat : c’est dur. »
Questionnés sur leurs habitudes de consommation, la même réponse revient chez certains résidents de L’Anse-Saint-Jean : « On essaye d’encourager ce qui est local. Le prix peut toutefois venir éclipser cette intention. Je m’avoue inquiète pour nos petits commerces, pour notre économie régionale », relate une résidente de la municipalité.

« Il y a plein de producteurs qui travaillent très fort pour livrer un produit de qualité. J’essaie de retranscrire ce même zèle dans ce que je fais. Je suis le plus gros client du cueilleur d’ici, si je disparaissais, je ne sais pas ce qui lui arriverait », explique David Landman. Photo : Cédric Bérubé
Un « clash générationnel » avec la mairie
Le commerçant déplore l’inaction de la municipalité. « Il n’y a aucune écoute de la part de la mairie. Je voulais suspendre le loyer de mon commerce pendant six mois, dans l’espoir de survivre. L’administration ne voulait rien savoir. Ce sont des boomers qui ne vivent pas dans le même monde que nous. »

« Les gens sont résilients et généreux ici dans la communauté, ils essayent de soutenir les commerçants de la municipalité », soutient le maire de L’Anse-Saint-Jean, Richard Perron. Photo : Cédric Bérubé
Que peut faire le gouvernement ?
Malgré l’exaspération qu’il ressent à l’endroit de l’administration municipale actuelle de L’Anse-Saint-Jean, David Landman juge que c’est également au gouvernement d’en faire plus pour les petits commerces.
« Actuellement, une grande entreprise de chocolat [comme Barry Callebaut] peut importer ses produits en sol québécois sans être taxés par la taxe de vente du Québec. Ça crée un écart qui est injuste avec les commerçants d’ici, puisque nous sommes assujettis à ces taxes, mais pas eux. »
David Landman n’a pas le luxe d’arrêter, n’a pas le choix de persévérer. Même s’il ne sait pas pour combien de temps son entreprise sera viable. « Ça me fait rire quand le maire dit que les gens de la communauté sont résilients. Chez moi, je n’ai pas le choix d’être résilient, j’ai deux enfants à nourrir. »
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