Mesure en immigration : des étudiants inquiets

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« Je sens que ça va être plus compliqué pour nous [les étudiants français] de venir étudier au Canada. Dommage car pour nous c’est toute une expérience, voire un Graal pour certains », affirme Mathias Bahamid. Photo : Cédric Bérubé

Le gouvernement québécois a beaucoup parlé d’immigration dans la dernière année, laissant certains étudiants internationaux perplexes quant à leur futur dans la Belle Province.

Cédric Bérubé

Cedricb19@outlook.com 

Inquiets, mais amoureux : voilà comment décrire le rapport qu’entretiennent les étudiants internationaux avec le Québec actuellement. « Je comprends que la province veuille serrer la vis en matière d’immigration, c’est une mouvance qu’on voit à travers le monde », affirme le représentant des étudiants des programmes préuniversitaires au sein du Conseil d’administration du Cégep de Jonquière, Mathias Bahamid.

Tracassé, le jeune homme de 17 ans, d’origine française, a comme objectif de devenir pilote de ligne. Il compte suivre sa formation au Québec, mais son projet pourrait tomber à l’eau. « Chaque étudiant qui désire changer d’établissement scolaire doit refaire une demande pour obtenir un nouveau permis d’études du gouvernement canadien. Donc pour moi, qui compte étudier ailleurs l’an prochain, avec les permis d’études qui se font de plus en plus rares, ça m’inquiète. »

Le 18 septembre dernier, le ministre canadien de l’Immigration, Marc Miller, a annoncé que son ministère plafonnera les permis d’études octroyés, et qu’il serait à nouveau réduit de 10% en 2025.

Tant à l’Assemblée nationale qu’à la Chambre des communes, une conjoncture plus hostile à l’endroit des migrants s’est installée dans les dernières années, estime l’étudiant en journalisme, Étienne Cazassus. « En aucun cas suis-je un expert, mais je trouve que quand je suis arrivé [il y a de cela trois ans], le gouvernement était plus dans l’optique d’ouvrir ses portes, et là c’est comme s’ils ont tendance à les fermer. »

Début octobre, le ministre de l’Immigration au Québec, Jean-François Roberge, a déposé une législation visant à réduire le nombre d’étudiants étrangers dans les établissements d’enseignement supérieur, dans le cadre du projet de loi 74. À ce jour, le ministre n’a toutefois pas émis de quotas ciblés pour la réduction des seuils migratoires. « C’est comme si je prenais un râteau avec une fille, dans le sens où tu voudrais être avec elle, mais elle te dit non, bien c’est un peu ce que je ressens actuellement. Je veux rester ici, mais c’est comme si on me disait non », explique Étienne Cazassus.

D’origine française, Étienne aimerait poursuivre son séjour au Québec, où il envisage étudier à Montréal. « Si je décide de rester, je devrai prolonger mon permis d’études. Jamais je n’aurais envisagé la possibilité que mon visa soit refusé, j’étais certain que ça allait se prolonger automatiquement, mais là, je me pose plus de questions. »

Cassandre Morin, étudiante en publicité au Cégep de Jonquière, s’avoue aussi inquiète.  « Les lois peuvent impacter mes futures intentions d’étudier ici. J’ai reçu un permis de travail pour trois ans, donc je peux rester pour encore deux ans, mais ensuite, si je décide de rester, je ne sais pas si je rentre dans les quotas du gouvernement. Je ne sais pas, la politique migratoire est nébuleuse et change rapidement, c’est ça le plus dur. »

« La première chose à faire [pour étudier au Canada] est une demande de Certificat d’Acceptation du Québec (CAQ), afin d’ensuite attendre que le permis d’études soit délivré par le ministère canadien de l’Immigration, Réfugiés et Citoyennetés. C’est mélangeant tout ce chevauchement », explique Cassandre Morin.  Photo : Cédric Bérubé

Un étudiant d’origine française installé à Saguenay depuis trois ans, qui a préféré garder l’anonymat, corrobore le témoignage de ses compatriotes : il baigne dans l’incertitude pour le futur. « Je compte [et veut] rester au Québec, mais avec les mesures du gouvernement qui visent à freiner l’accès aux étudiants étrangers, je ne sais pas. »

La Pige a sollicité le député caquiste de Jonquière, Yannick Gagnon, dans le cadre de la rédaction de ce texte, pour le questionner sur le projet de loi 74. L’élu n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue. Il nous a toutefois transmis une déclaration écrite. « Nous désirons mieux encadrer notre immigration. C’est pour cette raison que nous avons dû mettre un frein temporaire rapidement pour réfléchir sur le comment nous voulons gérer l’immigration dans son ensemble au Québec et dans nos régions en incluant la francisation afin de bien faire les choses dans le futur. »

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